Des gendarmes mobiles chargent un manifestant pointant un mortier d'artifices vers eux pendant une manifestation lycéenne à Bordeaux, le 1er octobre 2026 ( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )
Proviseurs agressés, dégradations, incendies... Le mouvement de blocage des lycées, rejoint par les étudiants, pour demander davantage de moyens, s'est enflammé jeudi dans de nombreuses villes de France, Matignon condamnant des "violences urbaines" et en imputant la responsabilité à La France insoumise.
En tout, 900 actions ont été dénombrées devant des lycées, tous les départements étant désormais concernés, et les forces de l'ordre ont procédé à près de 2.000 interpellations, selon les autorités. Plus de 300 policiers et gendarmes ont été blessés.
Rien qu'en Ile-de-France, plus de 200 lycées ont été perturbés, dont une cinquantaine ont été le théâtre de violences et de dégradations, selon la Région qui a déjà chiffré les dommages à plus d'un million d'euros.
Les services du Premier ministre ont estimé que le mouvement avait basculé vers des "violences urbaines" et indiqué qu'il existait un "constat partagé par les services de renseignement sur l'origine du mouvement" : ce serait une "manoeuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra gauche", ont-ils accusé, à l'issue d'une cellule interministérielle de crise.
Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a aussitôt appelé le gouvernement "à ne pas sombrer dans le complotisme et dans l'infantilisation des lycéens".
Proviseurs molestés
Dans de nombreuses villes, des poubelles ont été renversées sur la chaussée, des feux allumés devant ou dans les établissements, des projectiles lancés, des abribus brisés et des mortiers d'artifice et gaz lacrymogènes tirés, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Plusieurs proviseurs ont été agressés ou molestés, comme en Normandie, à Clermont-Ferrand ou encore dans le Pas-de-Calais. "S'en prendre à des chefs d'établissements, c'est se tromper de sujet", a estimé Christelle Kauffmann, secrétaire générale adjointe du syndicat de chefs d'établissements SNPDEN-Unsa.
Des lycéens bloquent le lycée Saint-Charles à Marseille, le 1er octobre 2026 ( AFP / Miguel MEDINA )
A Marseille, des membres de la direction du lycée Victor Hugo ont été agressés et des pompiers pris à partie lors d'une intervention sur un feu devant le lycée Saint-Exupéry. Devant ce même lycée, un journaliste de M6 a été agressé et sa caméra cassée, a indiqué le groupe.
Une quarantaine de lycées des Bouches-du-Rhône assureront leurs cours en distanciel vendredi.
A Perpignan, où six lycées ont été bloqués, une jeune fille a été blessée durant une manifestation par un projectile venant de la foule, selon la police.
Dans la Marne, 13 policiers nationaux ont été légèrement blessés, selon la préfecture. A Paris, un policier municipal a été blessé par des jeunes qui s'en sont pris à son véhicule, a aussi déploré le maire PS de la capitale Emmanuel Grégoire.
Face à ces violences, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a indiqué sur X avoir reçu en visioconférence les 36 procureurs généraux pour "leur demander une grande fermeté dans la réponse pénale envers les auteurs de ces faits inadmissibles".
"On manifeste contre les classes surchargées, contre ce gouvernement qui (...) n'investit pas dans du chauffage, des climatisations, les salaires de nos profs", a expliqué à l'AFP Maëlle, lycéenne caennaise de 16 ans.
"Les jeunes doivent foutre la merde pour qu’on les entende, on n'a pas d’autre manière", a estimé de son côté Lola, élève de seconde, devant un lycée rennais bloqué.
"Malheureusement, tant que ça ne secoue pas, nos revendications de meilleures conditions dans nos lycées et internats n'intéressent personne", déplore Céline, élève au lycée Gustave Eiffel de Bordeaux.
Selon un sondage Odoxa-Backbone pour Le Figaro, 62 % des Français jugent cette mobilisation justifiée, mais l'implication de LFI dans le mouvement est massivement réprouvée, 61 % jugeant que le parti n'est pas dans son rôle.
Les étudiants ont rejoint le mouvement jeudi, avec une trentaine de campus bloqués, selon le syndicat l'Union étudiante qui a appelé à un rassemblement place de la République à Paris jeudi soir. Quelques centaines de personnes s'y trouvaient en début de soirée, a constaté un journaliste de l'AFP.
Des collègiens ont aussi rejoint le mouvement, comme dans le Rhône où la préfecture a comptabilisé cinq établissements mobilisés.
Quant au secteur universitaire, si quelques étudiants ont rejoint le mouvement, seuls une "quarantaine de sites" étaient perturbés ce jeudi, selon son ministre de tutelle Philippe Baptiste.
Le ministre de l'Education Édouard Geffray a indiqué qu'il recevrait vendredi syndicats de l'éducation et associations lycéennes -dont l'Union syndicale lycéenne, fer de lance de la mobilisation- et de parents d'élèves, ainsi que les élus du Conseil national de la vie lycéenne.
"Ligne rouge"
Sébastien Lecornu a par ailleurs demandé à ses ministres de renoncer à leurs déplacements dans les prochains jours pour que les préfets puissent se concentrer sur la gestion du mouvement. Il avait dénoncé dès lundi sur le réseau X une "surenchère irresponsable" d'élus LFI qui avaient appelé à "étendre" le mouvement de blocage des lycées.
Un manifestant devant une barricade en feu pendant la mobilisation lycéenne devant le lycée Le Corbusier à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, le 1er octobre 2026 ( AFP / LOU BENOIST )
Le leader des Insoumis Jean-Luc Mélenchon avait aussitôt répliqué en l’accusant d'avoir "ordonné la répression" du mouvement "avec un arrière-goût raciste évident", appelant élus et militants de son parti à s'"interposer partout où" ils le peuvent.
Les politiques ont multiplié les réactions face à la gestion du mouvement: le patron du PS Olivier Faure a fustigé "l'irresponsabilité du gouvernement" tandis que Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, a appelé à faire interdire LFI.
Trois enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN, la police des polices, après que des lycéens ont été blessés lors de blocages d'établissements.
Des manifestants font face à la police au milieu des gaz lacrymogènes devant le lycée Kléber à Strasbourg, le 1er octobre 2026 ( AFP / ROMEO BOETZLE )
"Il y a un usage très proportionnel" des "armes intermédiaires", notamment du gaz lacrymogène, a cependant assuré Laurent Nuñez.
Pendant que les lycéens se mobilisaient, le gouvernement a présenté jeudi matin son projet de budget, prévoyant notamment de faire payer 178 euros de droits annuels en BTS aux étudiants non boursiers, 270 euros pour ceux en classes préparatoires aux grandes écoles. Une mesure dénoncée comme une "provocation" par la gauche et la CGT.
Une nouvelle journée de mobilisation est prévue le 6 octobre, à l'appel des organisations lycéennes et étudiantes. Une très forte mobilisation est attendue par les autorités.

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